C'était le mois de Juin et il faisait déjà très chaud sur la Côte d'Azur. Le meilleur ami de mon grand frère m'avait invité à passer la journée sur son bateau avec eux. Eux, c'est mon frère Nico, sa copine Isa, le pote Vincent et sa copine Gertrude. Ouais, je sais moi aussi je me suis marré quand on m'a dit qu'elle s'appelait Gertrude, mais quand tu vois la bombasse que c'est tu rigoles moins. Enfin, ça voulait donc dire que je serais le seul célibataire à bord –pour changer !
Nico m'avait prévenu ; le bateau en question ressemble plus à un rafiot survivant de la Guerre Mondiale qu'à un yacht privé, donc si j'allais avoir le mal de mer, vaudrait peut-être mieux que je ne vienne pas. C'est pas pour me jeter ou quoi, mais comme déjà je suis malade en bus... enfin, je vois, quoi ?
Toujours aussi, sympa, le frère.
L'encrage du bateau, c'est le port de Villefranche-sur-Mer. Ainsi, nous partîmes de la maison très tôt. C'est-à-dire 10h30 à peu près. Il faisait déjà 27 degrés, donc on avait les fenêtres de l'Audi ouvertes et la musique à fond. La mer était splendide ce jour là, un dégradé du bleu turquoise près de la plage au foncé du large. J'avais vraiment hâte de m'y jeter.
Arrivés au port vers 11h, Vincent nous avait déjà appelés 15 fois sur le portable de mon frère pour nous demander qu'est ce qu'on faisait bordel.
Il faut un pass pour pouvoir se garer au port, donc Vincent est venu nous accueillir au portail. On se fait les salutations coutumières, Vincent me dit :
« C'est cool que tu sois venu ! »
Ca m'a fait plaisir. Il est pas mal dans son genre Vincent. Ah ouais je ne vous ai pas dit, Vincent et Nico ont 25 ans. Moi j'en ai 20. Donc y a quand même une petite différence. Mais je me souviens une fois d'avoir surpris Nico et Vincent et un autre pote dans la chambre de mon frère quand j'avais 11 ans. Ils étaient en train de regarder un porno et de se masturber. Chacun son sexe, mais j'avais déjà été émerveillé par la vaillance de Vincent à l'époque. Depuis j'ai toujours eu une affection spéciale pour lui.
On rentre à pied dans le port, les petits bateaux de plaisance sont gentiment alignés le long des jetées, quelques voiliers de 15m, mais rien de trop jet-set. J'étais anxieux de découvrir le fameux rafiot qui en était à sa première sortie depuis 3 ans et que Vincent avait entièrement retapé avec son père.
Au port, deux ouvriers bossaient sur un chalutier en cales sèches tandis qu'une famille BCBG tous habillés pareils montaient sur un voilier blanc. Apparemment, il faisait trop chaud pour les mouettes et ça m'a un peu manqué.
Au bout de la dernière jetée, je reconnus Gertrude, assise sur un joli petit bateau en bois. S'il était vieux, le lifting lui avait réussi. Sa peinture bleue était nickel et le laquage était irréprochable mais sentait fort. Avec l'odeur du sel marin et la chaleur ambiante, c'était un peu rustique. Le « Serengeti Dream » faisait 5m à tout cassé, et avait une petite cabine sous le poste de pilotage (enfin la barre et une manette avec juste ON et OFF). Je reste néanmoins persuadé que si l'on se serait mis tous les 5 à la poupe en même temps, on aurait coulé à pic... Enfin, déjà c'était sympa d'être là.
Nico et Isa sont allés se changer dans la petite cabine tandis que Vincent défaisait les n½uds des cordes d'amarrages. Il est remonté à bord avec un grand sourire pour moi et en disant « En route mauvaise troupe ! » Il s'installa à la barre et mis la casquette de capitaine de son père. Je regardais vers l'avant du bateau avec anticipation. Et alors, je ne sais pas si c'est le grand bruit de claquage, l'odeur de brûlé ou le « ET MEEEEERDE ! » sauvage de Vincent qui m'ont alertés, mais j'ai assez vite compris que notre ballade en mer pouvait être compromise.
Mon frère est sorti en maillot de bain de la calle en criant « Putain, c'est quoi ça ? »
« C'est ce moteur de mes deux là ! Il a encore lâché ! »
Dans la calle, j'entendais Isa crier « Nico ! Ferme la porte ! Je suis à moitié à poil encore ! » « Tout le monde s'en fout ! » rétorqua mon frère. Et il avait bien raison en ce qui me concerne, même si aucun ne savait encore que je suis gay.
« Bon Gertrude » l'apostropha Vincent « Rend toi utile un peu... Va voir à la capitainerie s'ils ont pas une boîte à outils de dispo. »
« Ah non, mince, je suis déjà en bikini et j'ai mis ma crème... Je vais pas aller me promener comme ça devant les ouvriers... »
« T'inquiète j'y vais ! » me dévouais-je.
« Ah merci, Max ! C'est cool, tu demandes juste la boîte à outil normale. »
« Ok. Euh... la capitainerie, c'est bien le hangar là-bas avec marqué capitainerie au-dessus ? »
« Ah on te l'a fait pas à toi, hein ? »
Moyennement vexé, j'acceptais la vanne et me dirigeais vers le hangar. Après avoir été en plein soleil, le hangar me semblait bien sombre et j'entrais en essayant de trouver quelqu'un.
Et c'est là qu'il est apparut, comme une vision de rêve, au fond du hangar.
Un garçon de peut-être 16 ou 17 ans. Il portait un polo blanc avec des gravures bleues et écrit en insigne « Capitainerie de Villefranche-Sur-Mer ». Son short blanc était assorti et je devinais des jambes fines mais musclées.
La première chose qui me fit flasher, c'est son magnifique sourire quand il s'est approché de moi. Il m'a demandé avec une voix presque grave, mais encore un peu cassée :
« Je peux vous aider M'sieur ? »
J'étais trop troublé pour répondre de suite. Non seulement parce qu'il semblait être un trop beau gosse, mais aussi par le fait d'avoir été appelé Monsieur. Ca va, j'ai 20 ans ; est-ce que je le traite de Monsieur moi ?
« Euh, oui... enfin j'espère... euh... Je suis avec le propriétaire du Serengeti Dream et on a un léger problème de moteur. »
« Ah bon ? Pourtant on l'a vérifié ce matin, il marchait super ! »
« Ouais, ben là en l'occurrence, pas trop... »
« Bon, faut juste que je finisse un dossier de dédouanement pour mon chef et j'arrive dans 2 minutes. Désolé de vous faire attendre.»
Au fur et à mesure que mes yeux s'habituaient à l'obscurité, je me rendais compte que ce garçon n'était pas juste beau; c'était un véritable canon. Le genre de garçon qui te fait presque t'évanouir quand tu le croises dans la rue. Cheveux courts, brun clair, il avait les yeux verts, un joli visage doux et un bronzage à peine entamé. Sans être petit, il faisait quelques centimètres de moins que moi. Je devinais qu'il devait bosser ici pour l'été, histoire de se faire un peu d'argent de poche.
« Non, en fait, mon ami m'a demandé si vous n'aviez pas une boîte à outils ? Il semble s'y connaître... »
« Si, bien sûr, je vous apporte ça tout de suite ! Euh... la boîte basique ça suffira non, pour le Serengeti ? »
« Il m'a juste dit une boîte normale... »
« Oui, je vois très bien, je vous l'apporte. »
Il s'en retourna en courant. Je le suivais des yeux en m'autorisant tout de même à jeter un coup d'½il à son derrière. Il disparut derrière une étagère. J'essayais de reprendre mon souffle et mes esprits. Il revint quelques instants plus tard avec une grosse boîte à outils rouge dans la main gauche.
« Voilà ! » me tendit-il la boîte en affichant une nouvelle fois son magnifique sourire. Complètement sous le charme, j'ai failli faire tomber la boîte à outils sur mes pieds.
« Oh là ! Elle est lourde ! »
Je dû la tenir à deux mains et encore, j'avais du mal. Il devait être super puissant pour la porter juste d'une main !
« Ah oui ? » s'étonna-t-il « Dans ce cas, laissez moi la prendre, je vous accompagne au bateau. »
« Non, non t'inquiète, j'y arriverais et t'as ton dédouanement à faire pour ton chef ! »
Ca le fit sourire, mais il me prit quand même la boîte des mains en me précédant.
« Allons monsieur ! On est là pour ça ! »
Je dois dire que d'habitude je préfère les garçons rebelles, mais là, un adolescent aussi poli et bien élevé, c'était troublant. Surtout avec un corps aussi bien foutu ! Regardez-moi ça, me dis-je, en l'observant maintenant au soleil, tenant toujours la lourde boîte d'un seul bras.
En marchant à côté de lui, je regardais ses jambes musclées aux poils éclaircis par le soleil. Bien plus bronzé que je ne l'avais cru au début, ses jambes étaient tout de même un peu rougies.
« Tu sais » lui dis-je « Tu devrais mettre de la crème solaire, tu commences à brûler sur les jambes. »
« Ah ? » il sembla un peu étonné que je lui parle comme ça. « Oui, vous avez raison. J'en mets un peu depuis aujourd'hui, mais j'ai commencé la semaine dernière et je n'en avais pas mis du tout au début. »
« Eh ouais, il faut se protéger ! »
« Et là c'est rien, faut voir mon dos ! » dit-il fièrement « On était au chantier en plein soleil toute l'après-midi hier et maintenant, tout nu, je ressemble au dernier des mohicans ! »
Pas si timide que ça, finalement...
« Ah oui ? Fait voir ça ! »
Il s'arrêta de marcher et posa la boîte à outil sur le ponton. Il se mit sur la pointe des pieds pour regarder vers la capitainerie que son chef ne le voie pas. En regardant, il avait la bouche légèrement ouverte et son cou exposé, révélant sur sa douce peau quelques grains de beauté aux endroits que j'aurais voulu embrasser.
Il me regarda avec un sourire un peu embarrassé et attrapa le bas de son polo.